Laisse couler tes larmes Épisode 1

Le jour venait de se lever, Tiya ouvrit les yeux. D’un bond, elle sauta du lit et sortit Léo de son sommeil. Léo eut à peine le temps d’ouvrir les yeux que Tiya s’exclama :

— Mince Léo ! Mon réveil n’a pas sonné. Ma mère va s’inquiéter…

— Calme-toi, répondit Léo, en cas de problème, elle aurait déjà appelé sur ton portable.   

Nue, Tiya se précipita en direction de son sac à dos et récupéra son portable. Les battements de son cœur étaient rapides et s’accéléraient au rythme de ses angoisses. Elle vérifia que personne n’ait tenté de la joindre. Rassurée, elle rassembla ses vêtements et fila dans la salle de bains.

Devant le miroir, elle dévisagea son reflet. Encore une fois, elle avait cédé à ses pulsions sexuelles, le diable avait pris possession de son corps, le mal était fait. À voix basse, elle implora le pardon de ses parents.

Elle entra dans la cabine de douche et débuta un long processus de purification. Elle frotta avec ardeur son corps, en commençant par sa poitrine pour enlever toute trace du péché commis. Ensuite, elle savonna ses longs cheveux noirs, et du bout de ses doigts se massa le crâne avec fureur. Elle ferma ses yeux de couleur noisette pour tenter d’oublier le vertige de cette folle nuit d’amour. L’eau brûlante courait le long de son corps et venait clôturer son rituel de retour à la pureté, à sa virginité. 

En claquant la porte de chez Léo, Tiya laissait derrière elle cette jeune fille désinvolte et devenait cette autre femme, docile et sage. Elle arriva devant chez elle. Chaque fois qu’elle revenait de chez Léo, l’appartement de ses parents lui semblait étroit : la surface du salon d’une quinzaine de mètres carrés représentait la surface totale de la chambre de son petit ami. C’était leur petit nid d’amour, en l’absence des parents de Léo.

Sur le canapé, Anju, la mère de Tiya, guettait comme un chat ses entrées et sorties. Anju sermonna sa fille :

— Tu es en retard Tiya, ton père ne va pas tarder à arriver, tu connais les règles ? Je suis d’accord pour tu dormes chez Sarah de temps en temps. Mais, par contre tu rentres avant huit heures, c’est compris ma fille ?

— Oui maman, je suis désolée, je n’ai pas vu le temps passer. On a travaillé tard hier soir. C’est dur tu sais maman, les révisions du bac. Pardonne-moi, je ferai attention la prochaine fois.

Tiya s’assit à côté de sa mère, elle l’embrassa sur la joue pour se faire pardonner.

Une heure plus tard, Anju concoctait le plat préféré de Tiya : un dahl de lentilles de corail aux épinards et pois chiches. De ses origines indiennes, la cuisine était le point que Tiya appréciait le plus : le mélange des couleurs vives, l’odeur des épices. Tiya n’avait jamais mis les pieds en Inde, mais le plaisir que provoquaient ces expériences culinaires était un voyage gustatif pour elle sur la terre de ses ancêtres. A contrario, Tiya détestait la décoration indienne, l’excès de couleurs chaudes sur les murs, sur les rideaux, lui brûlait les yeux. Sa préférence se portait sur les ambiances modernes et sobres, comme chez Léo.

Le repas était prêt, Tiya, Anju et Kamal, le père de Tiya, dégustaient les savoureux mets. Les seuls bruits que l’on entendait dans le séjour étaient la cacophonie de leurs mastications.

Au regard de Tiya, Kamal ressemblait en tout point aux nains des personnages des romans fantasy de J.R.R. Tolkien dont elle dévorait la lecture. Kamal mesurait à peine un mètre soixante et était robuste, il portait une longue barbe. Dans son regard, la lassitude d’une vie de dur labeur pouvait se lire. Tiya le redoutait, sa froideur et son côté autoritaire avaient créé une distance entre les deux. Les liens du sang étaient la seule chose qui les rapprochait.

À la fin du repas, d’un ton solennel Kamal s’adressa à Tiya :

— Tiya, tu vas bientôt avoir dix-huit ans, tu es une belle jeune fille cultivée.

Tiya ne se souvenait pas avoir déjà reçu un aussi beau compliment de la part de son père. Taciturne, Kamal avait atteint son quota journalier de mots, mais il ne s’arrêta pas là :

— Avec ta mère, on s’est dit qu’il était temps de te trouver un mari.

Les derniers mots prononcés par Kamal résonnèrent dans la tête de Tiya. En se levant brutalement, elle projeta sa chaise en arrière. Son teint hâlé ne masquait plus les veines gonflées que la phrase de Kamal fit apparaître sur son visage. Elle s’insurgea :

— Mais vous êtes devenus fous ?

Tiya chercha le regard de sa mère, mais entre-temps Anju avait revêtu son costume de femme soumise : la tête baissée, les épaules basses, elle tentait de se rendre invisible sur sa chaise. 

Tiya implora sa mère :

— S’il te plaît maman, ne me laisse pas tomber.

Anju ne réagit pas, Tiya comprit qu’elle mènerait son combat seule face au guerrier nain. Elle devait adopter une stratégie pour éviter les coups. Elle avait choisi de ne pas monter le timbre de sa voix pour ne pas paraître arrogante et sortir de cette épreuve sans marque sur le corps. Elle prit une grande inspiration et se lança :

— Papa, en France les jeunes ne se marient pas à dix-huit ans !

D’une voix autoritaire, Kamal assena :

— Justement, tu ne te marieras pas avec un Français, tu te marieras avec quelqu’un de chez nous.

Exaspérée, Tiya riposta :

— Mais comment ça de chez vous ? Je n’ai jamais mis les pieds chez vous ! D’ailleurs, vous non plus, depuis vingt ans non ?

Kamal commença à s’impatienter. Les vibrations de sa voix traversaient le corps frêle de Tiya :

— Calme-toi Tiya ! et baisse d’un ton, tu frôles l’insolence.

Docile, Tiya s’exécuta et reprit la conversation d’une voix plus acceptable :

— Et Sohan, il a vingt-deux ans, pourquoi il n’est pas marié ?

— Ton frère doit finir ses études de commerce, répondit Kamal, c’est un homme, il trouvera facilement une femme, quel que soit son âge.

Tiya comprit que face à l’ineptie des paroles de son père, son combat était perdu. Elle aurait rêvé sortir de table en claquant la porte de sa chambre comme Sarah, sa meilleure amie, le faisait régulièrement chez elle. Mais, Tiya n’avait pas le droit de commettre un tel affront. Sans un mot, elle se rendit dans sa chambre. Ses parents ne cherchèrent pas à la retenir, conscients du temps qu’il lui faudrait pour comprendre la nouvelle, l’accepter et la digérer.

Á propos de cette nouvelle

Hello,

Pour la première fois sur mon blog, je vous propose l’un de mes textes. Vous découvrez en cinq épisodes, tous les vendredis, l’histoire de la jeune Tiya.

À l’aube de ses dix-huit ans, Tiya doit choisir entre vivre sa vie sous l’emprise de ses parents ou décider elle-même du chemin qu’elle prendra.

Je vous laisse découvrir la nouvelle et me donner votre avis en commentaire s’il vous plait.

Bonne lecture !

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Publié par Maman bosseuse

Je m’appelle Estelle, je suis mariée depuis treize ans à un homme poisson (appelé communément apnéiste). Nous avons trois enfants qui ont respectivement 4 ans, 8 ans, 10 ans. Mon mari et moi travaillons à temps plein ce qui n’est pas toujours évident pour concilier vie personnelle et professionnelle. Il y a quelque temps j’ai lu une étude publiée le 29 janvier 2019 par Sociology (journal de l’association professionnelle des sociologues britanniques) révélant que les femmes actives travaillant à temps plein sont 18% plus stressées que les femmes actives sans enfant. Ce chiffre grimpe à 40% à partir de deux enfants. Et vous, êtes-vous stressée (ou épuisée) de devoir mener de front votre vie de famille et votre vie professionnelle ? Si oui, vous êtes la bienvenue sur ce blog (remarquez si c’est non aussi 😉, vous êtes aussi la bienvenue). L’objectif de ce blog est de vous donner des astuces pour améliorer votre confort de vie (pro et perso). Je vous proposerai des articles concrets sur des sujets variés en fonction de l’actualité. La particularité de ces articles ? En fonction de la thématique vous disposerez de l’avis d’une maman experte du sujet, je ferai appel à mon réseau de maman comptable, maman juriste, maman vendeuse, maman geek, maman fée du logis, maman loisirs…je serai en quelques sortes la rédactrice en chef. Aussi, je couve un petit trésor ces derniers temps, non ce n’est pas un petit quatrième...mais un futur roman, je suis à 20% de production. J’avance doucement, je vous ferai part de mon avancée, mes moments de doutes, de joies. Je vous laisse découvrir mes articles. Au plaisir de vous lire et d’échanger avec vous ! Estelle mi-maman mi-working girl

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